La place de la femme africaine a longtemps été l’objet de plusieurs débats dans notre société dite moderne, qui ne restent que des préjugés. Préjugés qui dans le fond restent superflus du fait de la méconnaissance même de la tradition africaine et de ses valeurs. En effet, l’on pense souvent que la femme africaine n’a de valeur que dans le foyer ; elle n’est qu’une simple domestique. Or la place de la femme dans le système traditionnel en Afrique dépendait en général des pays, des régions, des coutumes ethniques et de la capacité personnelle des femmes elles- mêmes. De ce fait, elles jouaient un rôle considérable que nul homme ne pouvait, quel que soit son rang dans la société, les priver de ce droit. Ainsi, dans le domaine économique, avaient-elles plus de pouvoir que les hommes dans la mesure où elles disposaient des champs propres à elles qui leur permettaient de produire et d’accumuler à leur propre niveau ; et cela leur revenait directement.

Aussi, elles avaient une gestion rationnelle et opérationnelle au quotidien à telle enseigne que le chef de famille leur remettait la part de céréale qui devait servir pour la nourriture quotidienne. Il y avait également une sorte de division de travail entre le chef de famille, les jeunes de la cour et les femmes elles-mêmes du fait qu’elles bénéficiaient des services de ces derniers. Ce type d’organisation, de par sa structure, est spécifique à la tradition africaine. Les femmes pouvaient alors avoir des biens personnels leur permettant de jouir d’une certaine autonomie. En outre, elles détenaient des pouvoirs magistraux et contrôlaient des organisations purement féminines à caractère professionnel et religieux comme les sociétés plus ou moins secrètes. C’est ainsi que la gestion des semailles revenait aux femmes, car elles sont considérées dans la tradition comme symbole de fécondité, et que par cet acte, il y aurait une perpétuité dans la production, ce qui aboutissait fort bien nécessairement à une saison fructueuse. Loin donc des préjugés dont les sociétés traditionnelles africaines étaient l’objet, il est nécessaire de savoir que la société africaine était constituée de telle manière que la femme jouait un rôle prépondérant malgré son statut de femme soumise prête à répondre aux exigences de la famille quelles que soient les préoccupations les plus ultimes. Bien que considérée comme celle dont la fonction principale est la procréation, la femme africaine avait une place privilégiée dans la société et était perçue comme modèle. Aussi, l’histoire nous enseigne-t-elle qu’au niveau politique « les femmes jouaient un très grand rôle en tant que mère et femme du roi ». Qui plus est, au niveau militaire, à l’instar du royaume de Dahomey où les femmes, appelées amazones combattaient avec une dextérité incommensurable, elles exerçaient une fonction très capitale. A cet effet, « des contingents étaient mêmes réservés pour la garde de la reine-mère » et cela traduit l’attention que les hommes avaient à l’égard de la femme. C’est ainsi que dans certains royaumes africains comme dans la tradition Wolof au Sénégal, « la reine -mère, la Linguère de la tradition avait sa cour royale exactement comme son fils avec des hommes comme courtisans ». Cela démontre l’importance que ces traditions accordaient aux femmes et montre clairement que les hommes aussi étaient au service des femmes. Cependant, comme dans toute organisation humaine, des failles subistent à des endroits. Il convient de les relever, afin de mettre en lumière ce qui pouvait constituer un blocus dans l’exercice de la fonction de la femme dans la société traditionnelle africaine. A un moment donné de l’histoire, les femmes ont compris que les privilèges qui leur étaient accordés au sein de la tradition ne constituaient en réalité qu’une infime partie de ce qu’elles devraient exercer dans la cité. A partir donc des indépendances, les femmes africaines vont obtenir des acquis considérables sur le plan individuel car elles vont constater que les privilèges de la tradition sont en réalité des formes voilées d’aliénation de leur liberté, ce qui provoqua chez elles une prise générale de conscience dans toutes les différentes parties de la vie. Elles vont donc se rendre compte qu’en réalité, elles n’étaient pas avantagées comme ce qu’elles percevaient dans l’organisation traditionnelle où elles avaient des pouvoirs remarquables. En effet, elles vont vite comprendre le phénomène du mariage comme un système où elles n’avaient pas droit de décision car contraintes à épouser quelqu’un pour qui le sentiment le plus ultime n’est jamais apparu pour parler d’amour. Le constat était clair ; elles étaient mariées sans leur consentement, ce qui réduisait énormément le champ minimal de liberté d’expression dont l’idéal aurait voulu qu’elles puissent donner leur assentiment tout comme les hommes. Les femmes voyaient alors ce qui pouvait être le droit le plus petit à leur égard s’envoler comme si de rien n’était. Elles réclamaient dans ces conditions la liberté de choix de leurs conjoints afin de vivre un amour sincère et vrai. Aussi, dans certains travaux, les femmes étaient étonnées de voir que même les plus petits garçons avaient des pistes échappatoires tandis qu’elles subissaient l’injustice des hommes, sans pouvoir y faire face ; ce qui, dans les normes était difficile à accepter. Les femmes vont alors s’appuyer sur les principes universels des droits de l’homme pour mener à bien leur combat afin d’obtenir gain de cause. Suite à cela, nous remarquons l’émergence, au fil des années des femmes à la magistrature suprême notamment le cas du Libéria. Certes, l’émergence de la femme dans nos sociétés commence à devenir une réalité, mais il reste encore dans le fond du chemin à faire pour leur véritable épanouissement.   Bibliographie: Ki-ZERBO, Joseph, A quand l’Afrique ? Entretien avec René HOLENSTEIN, éd. De l’Aube et d’En Bas, France, 2003, 196 p.